Transcription du leviers d'action Isomorphisme et formation au monde du travail

Publié le 01 juin 2020

Retrouver la transcription du leviers d'action Isomorphisme et formation au monde du travail par Catherine Bernard et Jimmy Pierret issu de la page Agir du dossier Compétences et métiers d'avenir.

Animateur : La fabrique est un dispositif adossé à la recherche mis en place par l'académie de Nantes. Dans cette capsule, les concepteurs de ce dispositif partagent leurs réflexions sur l'intérêt et l'impact qu'il présente pour les jeunes et les équipes.
[Texte affiché à l’écran "Le projet et ses finalités"]
Jimmy Pierret : Aujourd'hui, l'activité en entreprise, c'est la collaboration des équipes. Donc on se doit de proposer en classe à nos élèves de collaborer, coopérer pour apprendre.
Jimmy Pierret. Je suis professeur de construction mécanique au lycée Tabarly des Sables d'Olonne et j'ai une mission d'interlocuteur académique au numérique. L'organisation de la production, c'est quelque chose qui est transférable et donc on peut imaginer que cette organisation prenne vie dans différents grands champs professionnels : l'industrie, le bâtiment, le service, la vente, le commerce.
L'objectif de Fabrique, c'est de permettre la réalisation d'une tâche professionnelle explicite, à savoir dans ce cas précis, fabriquer, enfin préparer un produit manufacturé demandé par un client. Donc ça prend la forme d'un arbre à cames en Lego. Et donc cette demande client va forcément déclencher la notion de résultat attendu. Et l'élève qui va le vivre va intégrer une équipe qui est déjà en fonctionnement dans une nouvelle entreprise. Donc tout va être nouveau, il va être immergé de façon très rapide dans l'activité.
L'effet recherché, c'est appréhender, en la vivant, les aptitudes à la prise d'un poste dans un cadre d'équipe. Éprouver émotionnellement la construction d'une réussite grâce au collectif et grâce à ses propres capacités de faire bénéficier le collectif des productions et des savoir-faire.
Catherine Bernard : Parlons de notre projet qui a été pensé pour encourager la collaboration des enseignants. Moi je suis Catherine Bernard, je suis doyenne du collège des IEN  ET, EG, IO de l'académie de Nantes, et également inspectrice en économie-gestion. Nous sommes partis du constat que les enseignants, finalement, ont tendance à enseigner comme ils ont été enseignés. Et donc, il y a un effet miroir qui se crée. Et pour autant, aujourd'hui, nos élèves s'ennuient. Ils manquent d'engagement, on porte un constat sur le fait qu'ils soient stressés par les notes et ils développent parfois des compétences inappropriées dans les classes.
On a des activités qui restent souvent très scolaires et l'évaluation porte souvent sur le résultat obtenu, et non sur les démarches cognitives qui sont engagées. Donc l'objectif qu'on s'était assigné, c'est de pouvoir réinterroger justement les gestes professionnels, les gestes pédagogiques au regard des activités menées dans les classes. Et c'est cette démarche d'isomorphisme qui permet à l'enseignant finalement de vivre une situation en tant qu'apprenant pour mieux la comprendre et ensuite la transférer dans la classe.
Jimmy Pierret : Par son caractère transversal, par l'affectation de rôles, et pour le coup c'est symbolisé par des cartes, ces rôles peuvent varier au cours de l'activité. La place du numérique, qui va imposer à tous une forme de traçabilité de la production collective.
Fabrique, notre activité ludique, favorise la mise en place de conditions de performance que chacun parvient à imaginer. Ça provoque des attitudes d'interdépendance positive dans le groupe. L'isomorphisme dans ce cadre, il est palpable sur des situations problématisées. Dans notre organisation, on a un objectif de production. Chacun doit jouer son rôle, on l'a dit tout à l'heure, et il est attendu que le groupe s'organise de façon autonome pour proposer une réponse la plus adaptée possible à la demande initiale.
Catherine Bernard : Dans l'académie, nous nous sommes appuyés sur les travaux de la recherche dispensés dans le cadre du dispositif ProFAN Transfert. Et nous avons également travaillé avec deux chercheuses : Céline Buchs de l'université de Lausanne pour la capacité de travail en collectif, et Marie Toullec de l'université de Nantes sur les aspects de la différenciation pédagogique.
[Texte affiché à l’écran "Quels apprentissages ?"]
Jimmy Pierret : Fabrique, c'est une activité qui est particulièrement immersive et transférable dans toute situation professionnelle. Et les jeunes comme les moins jeunes se projettent facilement à vivre une expérience collective de ce type. Ils constatent que le collectif compense souvent les difficultés individuelles et qu'il est souvent possible de montrer son propre talent dans une situation au sein de l'activité.
Par contre, ce jeu, cette activité qui est engageante, va nécessiter des stop and go. C'est-à-dire qu'on va vraiment stopper l'activité et on va proposer dans ces temps-là de raisonnement et d'analyse de la situation, un temps d'analyse. On va faire analyser le groupe, on va réorganiser le travail si besoin et on va laisser l'initiative aux participants. Et puis on va aussi gérer le rythme et surtout essayer de susciter la prise de conscience des effets de l'action pour être en mesure de mieux performer collectivement.
Catherine Bernard : On a des temps d'analyse qui vont permettre effectivement de co-construire les attendus de l'activité en impliquant directement les élèves et donc en renforçant ainsi leur engagement.
Ce travail interroge nécessairement la posture de l'enseignant et ses gestes professionnels, puisque là on n'attend pas forcément une bonne réponse à une question et on n'attend pas non plus la correction, mais on va être dans une analyse de propositions données par les élèves, et en leur demandant d'expliciter l'activité. Donc là, on est vraiment sur un rapport qui est complètement différent de ce que l'on peut voir dans un enseignement, on va dire, un peu plus traditionnel.
Et l'objectif, ça va être de débriefer justement sur l'organisation, les résultats produits, au regard de la problématique qui a été posée dans l'activité et sur la qualité des interactions entre les personnes. On voit que la posture de l'élève va également évoluer puisqu'on va passer d'une posture scolaire à une posture de professionnel en devenir.
[Texte affiché à l’écran "Une nouvelle posture pour le professeur"]
Catherine Bernard : Pour le rôle de l'enseignant, il va falloir qu'il travaille sur des feedbacks qui soient dynamogènes. Dynamogènes, dynamo : il va falloir qu'il y ait de l'énergie qui se dégage. Et pour qu'il y ait cette énergie, il va falloir éviter des évaluations qui soient publiques, qui soient posées sans descripteur, aussi, et que ce soit une évaluation qui stigmatise sur plutôt les erreurs.
Là, l'objectif, ça va être de co-construire ces attendus et impliquer davantage l'élève. Donc, nécessairement, l'enseignant devra être plus précis, montrer concrètement ce qui est améliorable, tout en valorisant les éléments positifs et utiles à encourager l'élan de l'élève. Donc l'évaluation doit servir à identifier les réussites, les besoins, et de ne pas créer des marquages plutôt négatifs et délétères à l'engagement de l'élève.
Jimmy Pierret : Travailler l'interdépendance positive dans la classe, c'est permettre à chaque élève de trouver une place dans le collectif. Dans le monde professionnel, au sein d'une équipe, certains membres sont plus compétents que d'autres. Le défi, c'est de ne pas laisser forcément les plus forts prendre la main. Le risque serait de marginaliser les autres et puis d'affaiblir la production collective. Donc on a intérêt à profiter des qualités et des savoir-faire de chacun. Chacun dispose de ses qualités. Il est essentiel qu'elles soient reconnues comme socialement nécessaires au collectif de la classe. Il n'existe pas d'élève nullissime.
Quand un élève ne fait rien, soit c'est qu'il n'a pas envie de faire, soit qu'il ne se sent pas capable de contrôler ses propres actions. Ça interroge beaucoup le rapport à l'erreur. Et ce rapport à l'erreur, il est trop souvent stigmatisant dans la classe. De la même façon, on ne va pas dire non plus aux élèves : "C'est formidable, tu es parfait". L'idée, ça va vraiment être de travailler les feedbacks, de les positiver, mais sans pour autant tomber dans l'exagération.
Catherine Bernard : Pour réellement développer la coopération entre les élèves, le travail en groupe doit être complètement intégré aux apprentissages et doit être pensé. Ce n'est pas juste "Aujourd'hui on va travailler par deux, vous vous mettez par deux et puis il se passe des choses". Non, il faut qu'il y ait derrière une vraie stratégie pédagogique et que ça devienne un véritable outil. Mais ça suppose que les enseignants soient formés justement à ce que produit l'activité collaborative. Il faut que la configuration de classe soit adaptée, parce que les classes "en autobus", ce n'est pas ce qui va arranger le plus la collaboration et en tous les cas la stratégie pédagogique qu'on veut mettre en place.
Et puis, il faut que l'activité soit bien conçue pour être propice à la discussion, au débat et finalement à la co-construction de la solution qui est amenée au problème qui est posé dans l'activité.
L'objectif, c'est à travers tout ça, d'accroître la confiance entre les enseignants, les élèves et de travailler aussi sur le climat scolaire.
[Texte affiché à l’écran "Les compétences développées"]
Catherine Bernard : Lorsqu'on a ce travail de groupe, il ne faut pas se limiter, comme je l'ai dit tout à l'heure, à un échange de bonnes réponses, où là, finalement, les effets de la coopération vont être très vite limités, et les enseignants vont avoir tendance à se plaindre des pertes de contrôle, justement, ou encore du temps perdu. Mais il va falloir, dans ce cas-là, viser plutôt des compétences transversales. C'est ce que produit vraiment le travail collaboratif : des compétences transversales qui sont alimentées par des compétences psychosociales, qui sont très attendues dans le milieu professionnel pour favoriser l'insertion professionnelle.
Donc c'est vraiment un des objectifs de ce type d'interaction avec les élèves, c'est de les amener à solliciter davantage des compétences cognitives, qui impliquent des activités mentales, mais aussi des compétences émotionnelles, impliquant des processus affectifs, et des compétences sociales qui impliquent des comportements.
Jimmy Pierret : Des élèves qu'on va habituer à travailler en groupe vont être responsabilisés sur une action. Ils vont conceptualiser plus rapidement et plus facilement l'idée que partager les idées de tous, ça va permettre d'apprendre, donc d'apprendre individuellement, d'apprendre collectivement, mais également individuellement. En travaillant à plusieurs, ils vont pouvoir peser sur les décisions de la communauté, faire valoir leur point de vue. Ils vont percevoir alors que ça va leur permettre de mieux se sentir à l'école. Le rapport, la confiance qui va s'établir entre eux, envers le professeur, va se développer. Et par conséquent, dans leur vie future, et dans leur vie future sociale et professionnelle, ils vont pouvoir développer également ces mécanismes.
Ce que l'on peut dire, c'est que ce que l'on constate sur les élèves, dans cette prise de confiance, cette capacité à venir donner son avis, et cette dynamique qui va se créer, elle se produit aussi avec les enseignants. Quand on les met dans les mêmes conditions, on observe les mêmes effets, à savoir que les professeurs qui étaient peut-être un peu en retrait du groupe vont pouvoir partager leurs idées et donc apprendre du collectif également.
[Texte affiché à l’écran "Orientation et professionnalisation"]
Catherine Bernard : C'est vrai que les métiers sont le cœur du travail aussi en voie professionnelle, puisque la relation avec les entreprises est essentielle. Et l'objectif, c'est finalement de plonger nos élèves dans des situations problématisées qui permettent de faire le lien avec les enjeux de la société, que ce soit rattaché au domaine de l'industrie, de la recherche, de l'environnement, de l'agriculture, du commerce. Donc on a toutes ces situations problèmes qu'il convient, que ce soit en voie professionnelle ou même au collège ou au lycée général et technologique, qu'il convient d'importer dans les classes. Et c'est vraiment ce qui va faire le lien sur la découverte des métiers.
Et l'objectif, c'est vraiment de participer à travers ces situations problématisées à identifier les enjeux de notre société.
Jimmy Pierret : On va parler de composantes communes aux deux situations. Ce que l’on va créer dans l'établissement, dans la classe,  c'est la notion quand même d'organiser les choses par service. Là, dans Fabrique, c'est très illustré, mais on va pouvoir aussi créer des groupes, des groupes qui vont avoir un objectif commun et dans lequel on va attribuer un rôle à chacun. Cette organisation, c'est quelque chose qu'on retrouve dans l'entreprise : l'organisation par service, le fait d'avoir des rôles à jouer qui peuvent d'ailleurs évoluer dans le temps ou qui peuvent se permuter. C'est exactement ce qu'on essaie de mettre en place. Et on espère forcément qu'au travers de ça, puisque des sentiments sont vécus, sont ressentis, ces expériences provoquent des choses qui sont de l'ordre des compétences psychosociales. Ils vont pouvoir mettre en œuvre, réagir aux situations et développer des compétences transversales qui vont davantage viser les objectifs professionnels.
Catherine Bernard : Alors là, c'est vraiment la question du feedback et de, finalement, qu'est-ce que l'enseignant lui-même a compris de ce que pouvait apporter cette activité-là en termes de compétences ? Que ce soient des compétences techniques, professionnelles, transversales et derrière psychosociales. Et donc, c'est à travers cet échange-là, et non pas forcément qu'à travers des notes, que va se construire justement la confiance en soi de l'élève et le regard qu'il va pouvoir porter sur les compétences qu'il va pouvoir développer dans le monde, continuer à développer dans le monde du travail.
Donc, au-delà des feedbacks qui mettent des mots sur les apprentissages et notamment les compétences transversales, ce dispositif permet aux élèves de vivre des premières expériences sociales et professionnelles qui les rapprochent des situations qu'ils vont vivre dans l'entreprise et dans leur vie professionnelle future.
L'objectif, c'est aussi de les faire avancer chacun à leur rythme.

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