Regards d’auditrice : "Mobiliser les compétences transversales autant que les compétences techniques"

Publié le 06 mars 2026

La 6ᵉ session de travail du Cycle des hautes études de l’éducation et de la formation 2025-2026 s’est déroulée en février dans l’académie de Nantes. Elle a exploré les conditions qui peuvent permettre à l'École de former autrement, en reliant les mondes de l'éducation et du travail et en interrogeant ce qu’"apprendre autrement" signifie pour l'École et pour la société. 

 

Julie Sahakian est designer et chercheuse en sciences de gestion. Cadre du secteur privé, elle est en charge de missions de transformation, d’innovation ou d’amélioration continue, et du développement d’une filière de compétences en design. Auditrice du Cycle de l’IH2EF, elle revient sur cette 6e session de travail consacrée aux liens entre l'École et l'entreprise.
 

Picto dialogue IH2EF : Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre le Cycle des hautes études de l’éducation et de la formation ?

Julie Sahakian : En entreprise comme dans mes travaux de recherche, je travaille sur le développement des compétences utiles à l’évolution des organisations, des métiers et des pratiques dans un contexte de fortes mutations (sociales, technologiques et environnementales). 
J’ai rejoint ce Cycle pour : 

  • mieux comprendre l’écosystème d’acteurs qui éduquent et forment les citoyens en France ; 
  • explorer l’approche par compétences et les enjeux de formation tout au long de la vie ;
  • m’engager dans une dynamique collective, au sein d’une équipe pluridisciplinaire, réunie par la volonté de consolider le système éducatif français.
Picto dialogue IH2EF : Quel a été l’élément le plus marquant de cette session centrée sur une approche européenne de votre sujet ?

Julie Sahakian : La notion d’interdépendance positive, présentée par le collectif de recherche PROFAN, m’a particulièrement interpellée. Il propose une organisation de l’apprentissage où chaque apprenant dépend des autres pour réussir, de sorte que les contributions de tous sont nécessaires pour atteindre des objectifs communs et développer ensemble à la fois des compétences techniques et psychosociales. Cette approche collective de l’apprentissage, qui remplace la logique concurrentielle dont souffre l’école, m’avait déjà marquée lors de la 4e session de travail, dans l’académie de Bordeaux, sur les nouvelles pratiques d’évaluation des compétences. 

Picto dialogue IH2EF : Quelles réflexions personnelles cette session a-t-elle fait émerger ?

Julie Sahakian : Ces journées d'auditions consacrées aux liens entre l'École et l'entreprise, ont nourri des constats esquissés lors des sessions précédentes : face aux mutations en cours, une façon de former aux nouveaux enjeux - numérique, entrepreneuriat, frugalité - peut reposer sur l’adaptation des cadres d’apprentissages, plutôt que sur la création de nouvelles disciplines. Nombre d’expérimentations présentées promeuvent une pédagogie par projet, coopérative plutôt que compétitive, avec un rôle à jouer des entreprises. Cette approche mobilise les compétences transversales autant que les compétences techniques et offre parfois une seconde chance à des naufragés de l’École. Au cœur de ces innovations pédagogiques, des enseignants engagés, qui bénéficient pour certains de dispositifs d’investissements qui les soutiennent. De belles inspirations pour la formation continue et professionnelle.​     ​ 

Picto dialogue IH2EF : Comment progressent les réflexions du groupe pour tendre vers le rapport d’étonnement ? 

Julie Sahakian : Des constats partagés au fil des sessions émergent de premiers questionnements thématiques, qui serviront de fondement à nos futures recommandations. Le collectif s'organise en sous-groupes pour développer et articuler ces thématiques. Elles devront ensuite être mises en récit, avec l'ambition que notre rapport puisse inspirer et contribuer concrètement au renforcement de notre système éducatif. 
 

Picto dialogue IH2EF : Un mot pour résumer la session ?

 

Julie Sahakian : Pour résumer cette session en un mot, je dirais "postures", car les mutations en cours induisent un renouvellement des façons d’apprendre et d’enseigner, de la relation apprenant-enseignant (ou formateur), et une nécessité de se former tout au long de la vie pour maintenir ses compétences ou en développer de nouvelles. 

 

Alors que la 6 session a posé les bases d’une réflexion sur les liens entre École et entreprise, le Cycle se prépare désormais à explorer, lors de sa 7 session, les évolutions des métiers d'enseignant et de cadre éducatif : cette étude se déroulera mi-mars dans l’académie de Limoges.