Quels sont les principaux besoins et enjeux recensés au sein de votre établissement en matière de développement de la culture de la probité ?
Claire Costa : À l’université Paris-Saclay, composée de neuf composantes et d’une vingtaine de directions et services centraux, l'enjeu est d’impliquer l’ensemble de ses acteurs dans la diffusion d’une véritable culture de la probité. Il s'agit de faire en sorte que chaque agent, quel que soit son niveau de responsabilité et son positionnement au sein de l’université, s’approprie les principes de vigilance et d’intégrité. Il s’agit de diffuser des messages clairs, concrets et accessibles à tous. La culture de la probité n’était pas historiquement un axe particulièrement développé au sein de l’université, mais le contrôle de l’Agence française anticorruption (AFA) a constitué un levier décisif, un véritable catalyseur pour structurer et renforcer cette démarche.
Aurélie Philippe : Les principaux enjeux pour Aix-Marseille université, identifiés à la suite du contrôle de l’AFA et des recommandations émises, consistaient à ancrer un véritable dispositif de maîtrise des risques liés aux atteintes à la probité. Jusqu’alors, l’établissement travaillait principalement sur des risques plus globaux, notamment financiers, sans cibler spécifiquement ce type de risques.
L’enjeu majeur a donc été de sensibiliser l’ensemble des acteurs à cette problématique, notamment à travers l’élaboration d’une cartographie des risques d’atteinte à la probité, venant compléter la cartographie générale déjà existante, et la clarification des compétences des différents acteurs de l’université (directions, instances politiques et universitaires) en matière de déontologie et de probité. L’objectif principal était d’ancrer durablement ce dispositif dans l’établissement.
Quels leviers d’acculturation avez-vous identifiés ?
C.C : L’acculturation s’est d’abord appuyée sur la communication et la pédagogie. Une page web dédiée et divers supports ont été créés pour informer largement la communauté universitaire. Des capsules vidéo, courtes et accessibles, présentent des questions clés et des réponses percutantes. Ces ressources pérennes permettent une sensibilisation souple, consultable à tout moment. Des temps d’échange, en présentiel ou à distance, ont également été organisés, avec l’appui de l’AFA, pour approfondir certains aspects plus techniques : définitions, explications des notions de trafic d’influence ou de corruption, exemples concrets de sanctions juridiques appliquées à des cas proches du terrain universitaire. Cette approche pragmatique favorise la compréhension et la projection dans des situations concrètes auxquelles les agents peuvent être confrontés dans leur quotidien professionnel.
A.P : Le levier principal a été la formation et la sensibilisation, déployées à tous les niveaux de l’université. Ces actions s’appuient sur l’ensemble des canaux de communication disponibles (site internet, intranet, chartes et autres outils institutionnels) afin de renforcer la prévention et d'installer une véritable culture partagée de la probité.
Quels outils avez-vous réalisés pour développer la culture de la probité, et selon quelles modalités ont-ils été diffusés ?
C.C : Plusieurs outils ont été élaborés pour soutenir la démarche. Les capsules vidéo, très appréciées par les personnels administratifs et académiques, constituent un format attractif et visible sur la page institutionnelle de l’université. Le code de conduite, rédigé dans un langage simple et concret, est un autre outil clé. Il comprend des fiches thématiques illustrées par des exemples pratiques - à faire / à ne pas faire - couvrant l’ensemble des zones de risque identifiées : invitations, cadeaux, activités annexes, etc.
A.P : Plusieurs outils ont été mis en place :
- une cartographie des risques, validée en conseil d’administration et présentée aux différentes directions fonctionnelles. Elle constitue un support de référence ;
- une charte de déontologie ;
- un guide des lanceurs ;
- un dispositif de recueil et de traitement des signalements.
La prévention des risques d’atteinte à la probité a également été intégrée au dispositif global de contrôle interne, diffusé à l’ensemble de l’université.
Quelles actions de formation et/ou de sensibilisation avez-vous mises en œuvre ? Quelle stratégie avez-vous adoptée pour cibler vos publics ?
C.C : Deux niveaux d’action ont été développés.
Le premier, à visée large, concerne l’ensemble des agents de l’université : enseignants-chercheurs, personnels administratifs et techniques. Deux campagnes de sensibilisation ont été menées, en 2022 puis en 2025, en partenariat avec la Mission conseil de l’AFA. Ces formations généralistes visent à toucher un public le plus vaste possible.
Le second niveau cible les cadres dirigeants - membres de la présidence, vice-présidents, chargés de mission et direction générale des services - avec une formation spécifique, co-construite avec l’AFA, organisée sur une matinée en 2025.
Par ailleurs, un parcours de formation plus large a été créé, permettant à chacun de choisir des modules adaptés à son métier ou à ses zones d’exposition : commande publique, droits et obligations des agents publics, régime disciplinaire, etc.
A.P : Plusieurs formations ont été développées, ciblant des publics spécifiques en fonction des risques auxquels ils peuvent être confrontés :
- une formation obligatoire sur la déontologie dans la fonction publique est proposée à tous les nouveaux agents recrutés par l’université ;
- une formation sur la déontologie de l’achat public est proposée aux acheteurs, qu’ils appartiennent ou non à la direction de la commande publique, puisque de nombreux personnels peuvent être amenés à effectuer des achats ;
- une formation en déontologie est également destinée aux enseignants-chercheurs, susceptibles d’être exposés à des risques particuliers ;
- une formation spécifique sur les risques d’atteinte à la probité est en cours de diffusion, portée par la direction des affaires juridiques.
La stratégie adoptée repose donc sur une approche par population et par thématique, afin de cibler les personnes directement confrontées à des situations de risque.
Qui dispense ces formations dans votre établissement ?
A.P : La plupart des formations sont assurées par des experts internes.
La formation sur la déontologie dans la fonction publique est animée conjointement par la référente déontologue et les services des ressources humaines.
Pour la déontologie de l’achat public, la référente déontologue intervient aux côtés du directeur de la commande publique ou d’experts de cette direction.
Pour les chercheurs, les formations sont co-animées par la référente déontologue et des membres de la commission de déontologie de l’université. Cette commission, créée en 2020, statue notamment sur les demandes de prise de participation ou de départ vers le secteur privé. L’université s’appuie donc fortement sur ses compétences internes pour garantir la cohérence et la pertinence des contenus de ces formations.
Avez-vous rencontré des freins ou des blocages lors de la mise en œuvre de ces actions ? Quels conseils donneriez-vous à d’autres universités ?
C.C : Aucun frein significatif n’a été observé. Au contraire, les séances de sensibilisation ont suscité un vif intérêt et de nombreuses questions de la part des agents, souvent en lien avec leurs situations professionnelles concrètes. Ces échanges ont mis en lumière la nécessité d’adapter certains circuits ou modes de fonctionnement internes.
La prise de conscience collective s’est accrue : chacun comprend désormais mieux à quel point certaines situations peuvent rapidement devenir à risque. Pour être efficaces, les actions doivent rester concrètes et ancrées dans des situations réelles, plutôt que théoriques.
Dans le contexte de transformation institutionnelle de l’université Paris-Saclay, la création de l’établissement public expérimental (EPE) a-t-elle induit une stratégie particulière pour diffuser la culture de la probité ?
C.C : Dès le lancement de la démarche, le plan d’action a été présenté à l’ensemble des établissements composantes et universités membres associés. L’objectif était d’expliquer les modalités du contrôle de l’AFA, mais aussi d’en valoriser la portée positive. Chaque établissement, conservant sa personnalité morale et juridique, peut être à son tour concerné par un contrôle similaire. La diffusion s’est donc voulue ouverte : partage du code de conduite et des actions de sensibilisation dans les réseaux des directions générales des services, mise à disposition des capsules vidéo et des supports pédagogiques pour l’ensemble des établissements partenaires.
Cette stratégie a permis de construire une base commune et de renforcer la cohérence des pratiques au sein de l’ensemble de la communauté universitaire.
Cet entretien est extrait du dossier Lutte contre les atteintes à la probité.





