
- À propos de l'ouvrage : De la raison inclusive à une éthique de la reconnaissance
- auteur : Éric Plaisance, professeur émérite de l’université Paris Cité, membre du Centre de recherches sur les liens sociaux (CERLIS), professeur invité à l’université de l’État de Rio de Janeiro (UNIRIO). De formation philosophique, son parcours professionnel le conduisit dès le premier poste au cœur des préoccupations de l’éducation spécialisée en tant que formateur pour se tourner ensuite vers la recherche en sociologie de l’éducation
- éditeur : Érès
- date de parution : 3 avril 2025
Recension réalisée par Lydie Lecomte-Villardo, en novembre 2025. Conseillère pédagogique, titulaire d’un Master PIHA2 (accessibilité pédagogique et éducation inclusive) obtenu à l’Institut national supérieur formation et recherche - handicap et enseignements adaptés (INSEI) en 2025.
Contexte d’édition
Édité dans la collection "Connaissance de la diversité" dirigée par Charles Gardou, cet ouvrage s’inscrit dans une dynamique analytique critique des orientations et des pratiques morales liées à l’inclusion. Éric Plaisance y retrace l’évolution de la notion d’inclusion et de lutte contre toute forme de discriminations dans un contexte politique national et international qui aspire à mettre en œuvre des moyens de parvenir à une société dite "inclusive". En s’appuyant sur l’histoire des politiques publiques françaises, brésiliennes et italiennes, l’auteur illustre la manière dont la notion d’inclusion est parfois vulgarisée et utilisée comme rhétorique politique. Il expose alors l’écart qu’on y perçoit avec les apports de la recherche.
En effet plusieurs textes appuyés sur l’analyse du fonctionnement des institutions offrent des repères clairs quant à l’éducation inclusive. L’auteur cite par exemple la déclaration de Salamanque (1994) mais aussi le rapport britannique de Mary Warnock (1978) ou encore la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées (ONU, 2006).
En effet les textes piliers appuyés sur des analyses contextualisées du fonctionnement des institutions notamment, dans l’éducation, sont bien souvent interprétés de manière déformée ou traduits de façon parcellaire conduisant à des applications concrètes au final plus proches de l’exclusion que de l’inclusion.
Idées clés et positionnement
En posant clairement dans l’introduction les objectifs et le cadre de cet écrit, l’auteur invite ses lecteurs à mettre en relation les concepts et les constats de pratiques et de choix dans le domaine de l’éducation dite inclusive. Cinq chapitres s’enchainent pour exposer une critique de l’avènement du terme "inclusion".
Pour en montrer le paradoxe, il s’appuie sur sa signification étymologique issue du latin clausus qui signifie "clos" et qui, si on y ajoute "in" se traduirait par "faire entrer dans la clôture du cloître", selon l’expression empruntée à Carlos Roberto Jamil Cury (2009). Éric Plaisance s’appuie en effet sur les contextes de trois pays (France, Brésil et Italie) pour illustrer la manière dont le terme inclusion pourrait in fine conduire à un isolement social. Dans le premier chapitre on perçoit nettement une volonté de dépasser une dimension binaire de l’inclusion pour en exposer les articulations parfois complexes qui la composent. Le chercheur alerte sur le caractère parfois injonctif d’un mot visant l’universalité oubliant parfois les singularités dans des sociétés qui rencontrent une montée de l’individualisme.
Il retrace ensuite les étapes du changement de paradigme faisant passer l’élève qui doit s’adapter à l’école à une école qui s’adapte à tous les élèves. Ce mouvement est comparé dans les trois pays étudiés en faisant ressortir des mises en œuvre lentes, ambiguës ou plus franches comme c’est le cas en Italie mais laissant une distinction visible dans les actes pédagogiques "spéciaux "par opposition au "normal".
Ce nécessaire changement qui sous-entend une "désinstitutionalisation" est analysé du point de vue pratique et théorique. Éric Plaisance propose une analyse du terme "institution" en s’appuyant sur les définitions de Pierre Bourdieu, d’Erving Goffman ou encore de Maud Manonni. Les analyses d’Émile Durkheim et de François Dubet viennent compléter ce travail de mise en perspective pour apporter au lecteur une définition de la désinstitutionalisation appuyée sur deux composantes : l’une envisageant l’autonomie à tout prix et l’autre envisageant la transformation profonde des modes de pensée et de conduite des professionnels et des personnes. Cette deuxième composante, selon Éric Plaisance permet de viser la présence de chaque individu dans des lieux destinés à tous. Cette approche s’appuie sur l’accessibilité universelle tout en rappelant la place indispensable des acteurs de terrain.
Or nombre de ces acteurs, expriment ne "pas être préparés pour ça". L’auteur explore, en appui sur plusieurs enquêtes, l’origine du mal être des professeurs face à ce changement de paradigme pour identifier différents types de transformations à opérer dans le but de valoriser la diversité, d’apporter son soutien à tous et de travailler en collaboration avec les autres. Le chercheur expose les besoins liés à cette transformation et notamment celui de formation, d’aide et, au travers de pratiques flexibles d’hybridation des pratiques.
Cet ouvrage ne manque pas de proposer des perspectives déclinées au travers du concept de "curriculum" issu de la sociologie de l’éducation britannique. Éric Plaisance expose alors dans ce qu’il nomme "curriculum inclusif" la nécessité de passer de programmes fermés à des pratiques flexibles basées sur l’analyse de pratiques, l’accompagnement et la formation des professionnels.
Tout au long de l’ouvrage, Éric Plaisance adopte un positionnement critique, nuancé et aussi pragmatique en montrant une volonté de dépasser les discours simplistes qui opposent par exemple exclusion et inclusion. En adoptant une posture critique, il offre au lecteur la possibilité de prendre du recul par rapport aux orientations morale et éthiques des pratiques éducatives. La pensée non ségrégative est affirmée dans cet ouvrage où l’écrivain témoigne de sa confiance dans les acteurs de terrain et dans leur posture réflexive vis à vis des grandes questions de l’éducation pour tous.
Forces et faiblesses
L’ouvrage s’appuie sur une analyse à la fois historique, sociologique et philosophique en réinterrogeant les concepts clés en matière d’éducation pour tous.
L’écriture sous forme de chapitres aux titre explicites concilie plaisir de lire, apports scientifiques et analyse distanciée des jalons de l’éducation pour tous. L’auteur utilise volontairement des mots forts et des titres porteurs qui permettent de s’engager dans une réflexion et dans une dynamique de questionnement tout au long des chapitres.
Des clarifications des concepts clés de l’éducation sont proposés par l’auteur qui met en parallèle différentes sources et analyses. Les notions qui les relient les unes avec les autres sont alors mises en évidence.
Il faudra parfois avoir recours aux notions phares telles que l’éducation pour tous, le handicap, la pleine participation à la vie quotidienne, etc. pour mettre en relation les propos de l’auteur.
Conclusion
Cet ouvrage, offre au lecteur un parcours riche en apports conceptuels, historiques et comparatifs en plaçant la question de l’inclusion au cœur des différents engrenages liés aux volontés politiques face aux réalités de terrain. Nul doute que ce livre apportera un éclairage étayé et réflexif au sujet de l’évolution de la question de l’inclusion dans les trois pays étudiés et répondra aux questionnements des acteurs de terrain. Éric Plaisance y propose en effet des possibles, des pistes, des ressources, qu’il puise dans les fondements même de la philosophie et de la sociologie de l’Homme.
Référence des ouvrages cités dans l'article
- Besse-Patin, B. (2014). Anne Barrère et François Mairesse (dir.), L’inclusion sociale. Les enjeux de la culture et de l’éducation. Lectures.
- Castel, R. (2021). Grand résumé de La Montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, Paris, Éditions du Seuil, La couleur des idées, 2009 : Suivi d’une discussion par Frédéric Leseman et Michel Messu. Sociologies
- Cury, C. R. J. (2009). Réflexions sur les principes juridiques de l’éducation inclusive au Brésil légalité, droit à la différence, équité. Recherche & formation, 61, 41‑53.
- Ebersold, S. (2020). L’accessibilité Ou la Réinvention de L’école. ISTE Editions Ltd.
Ce "Lu pour vous" est extrait du dossier École inclusive.




